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vendredi 8 mai 2009

Une obole inédite d’Auxerre

Il a été récemment vendu sur un site d’enchère en ligne bien connu sur Internet une obole d’Auxerre dont certaines caractéristiques ont retenu mon attention. Voici sa description (fig.1) :
Fig.1

Avers : +AVTISIODERCI, Croix pattée dans un grenetis
Revers : anépigraphe, croix pattée dans un triple grenetis
Diamètre : 14-15 mm, poids : inconnu
Cette obole manque aux ouvrages de référence de Poey d’Avant[1], de Caron[2] et de Boudeau[3]. Cependant, elle n’est pas sans rappeler un exemplaire décrit dans le Poey d’Avant sous la référence PA5885 (Pl.CXXXVI,6), cette obole est actuellement détenue aux Musées de Sens. En voici la description (fig.2) :
Fig.2

Avers : +AVTISIODERC, croix pattée dans un grenetis
Revers : anépigraphe croisette en place de légende, croix pattée dans un triple grenetis
Diamètre : 15-16 mm, poids : 0,62 g

On le voit ces deux exemplaires sont très proches, néanmoins on remarque plusieurs différences :
- l’absence de croisette au revers de l’obole fig.1
- la légende incomplète de l’obole PA5885 (fig.2) : +AVTISIODERC en place de +AVTISIODERCI
- La forme de croix, plus fine sur la première obole. Ce qui m’incite à la croire plus ancienne.

A partir de ces éléments on peut en déduire que l’obole (fig.1) passée en vente sur Internet est entièrement inédite.
Il faut cependant attirer l’attention sur la similitude qui existe entre cette obole et un denier de Sens passé en vente dernièrement également sur Internet. En voici sa description (fig.3) :
Fig.3

Avers : +SENONES CIVI, croix pattée dans un grenetis
Revers : anépigraphe, croix pattée dans un triple grenetis
Diamètre : 20 mm, poids : 1,20 g

A part la légende qui désigne bien la ville de Sens au lieu de celle d’Auxerre, les autres éléments (croix, grenetis) sont parfaitement identiques.

Pour quelles raisons les villes de Sens et d’Auxerre auraient frappées des monnaies si semblables et à quelle époque ?

Cette similitude se rencontre déjà avec les deniers frappés sous Richard le Justicier (voir l’article de P. Crinon et R. Prot[4]). Vers 890 le duc de Bourgogne s’empare des villes de Sens et d’Auxerre. A partir de cette date, apparaissent les deniers anépigraphes bien connu PA5880 (pl. CXXXVI,1) et PA5907 (pl. CXXXVII,10). Ce type de deniers perdurera pour Auxerre jusqu’au XIIe siècle et pour Sens vers le milieu du Xe siècle.

Cependant, à la fin de l’année 936 les cités d’Auxerre et de Sens se retrouvent sous l’autorité d’Hugues le Grand, duc des Francs, suite à la guerre menée contre Hugues le Noir, duc de Bourgogne et fils de Richard le Justicier, qui en avait la possession auparavant[5]. Cette scission dura à peine une vingtaine d’année et on peut imaginer que le duc des Francs ait voulu marquer cet état de fait en faisant frapper des monnaies légèrement différentes de celles en circulation. On sait que Renard Ier accède au titre comtal de Sens en 948[6] et l’on connaît des monnaies à son nom (PA5906). Il est donc possible que nos monnaies ci-dessus aient été frappées sur ordre d’Hugues le Grand dans une période comprise entre 936 et 948.

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[1] F.Poey d’Avant, Monnaies féodales de France, Paris, 1862
[2] E.Caron, Monnaies féodales françaises, Paris, 1882
[3] E.Boudeau, Catalogue général illustré et à prix marqués de monnaies françaises provinciales, Paris
[4] P.Crinon et R.Prot, « Deniers inédits de Sens et de Tonnerre et essai de chronologie du monnayage anépigraphe à Sens, Tonnerre et Auxerre durant les deux premiers tiers du Xe siècle », dans Bulletin de la société française de numismatique, 48e année, n°2, février 1993, p.483-489
[5] Y.Sassier, « Les pays de l’Yonne autour de 987 », dans Bulletin de la société des sciences historiques et naturelles del’Yonne, année 1987, 119e volume, Auxerre, 1988, p.13
[6] E.Meunier, « Le sénonais au temps du changement dynastique », dans Bulletin de la société des sciences historiques et naturelles del’Yonne, année 1987, 119e volume, Auxerre, 1988, p.20-21

jeudi 23 avril 2009

Un denier inédit de Provins-Sens

Louis Félix Bourquelot dans son ouvrage : L’histoire de Provins[1], indique que l’apparition sur les monnaies de l’alpha et l’oméga, que l’on trouve sur les deniers au peigne champenois, daterai de 1015 initié par le roi Robert Ier puis par son fils le roi Henri Ier. Il s’appuie en cela sur l’ouvrage de Joachim Lelewel[2]. Bien sur, il y a là une flagrante erreur car ces attributs n’apparaissent sous forme suspendu que sur les monnaies d’Henri Ier donc à partir de 1031. Néanmoins, à partir de cette assertion je décidai de vérifier dans ma collection si j’avais un denier qui ne posséderai pas l’alpha et l’oméga dans ses cantonnements. Et là, surprise ! Sans l’avoir remarqué auparavant, je possède un denier de Provins-Sens de type au « peigne champenois », mais qui a la caractéristique d’être vierge de tous cantonnements au revers, contrairement aux autres deniers de ce type qui possèdent tous l’alpha et l’oméga en plus de besants dans les différents cantons (voir dessous).

Fig.1 : denier au peigne sans cantonnements

+ PRDVIHIS CATO,
O+O, croisette évidée, peigne à gauche 8 dents
+ SEEI:OEM CIVI, Croix pattée
Diamètre : 20,5 mm ; poids : 1, 38 g

Autre particularité, la croix pattée du revers est décalée, la légende commence alors à 11 h. On peut remarquer aussi que le O de OEM est pointé.

Peut-on déterminer une datation pour cette monnaie ?

Dans un article précédent, j’avais présenté une obole de Provins-Sens au monogramme odonique qui était à l’origine du monnayage commun de ces deux villes. On pouvait la dater des années 977-978, à l’instar des deniers identiques du trésor de Fécamp[3].

Fig.2 : obole au monogramme (coll. M VDB)

+ DRIINIS CATO, monogramme de type odonien déformé
+ SENOII[..]C[…], croix pattée dans un grenetis
Diamètre : 15 mm ; poids : 0,46 g

Le monogramme, quant à lui, a évolué durant une période d’une vingtaine d’année probablement jusqu’en 996. La croisette évidée avec la petite croix au dessus s’est modifiée en O+O, pour donner :

Fig.3 : denier au monogramme

+ IS'IVNIS CATO, O+O, monogrammes d’Eudes
+ SENONS CIVI, Croix pattée
Diamètre : 21 mm ; poids : 1,35 g

Puis, le coté gauche du monogramme s’est transformé en peigne. On remarque toutefois que pour le revers des monnaies au monogramme la croix n’est jamais cantonnée.
Mais, la totalité des deniers au peigne connus ont la croix du revers cantonnée de besants et de l’alpha et l’oméga.

Fig.4 : denier au peigne avec cantonnements
+ RILDVMIS CATO,
O+O, croisette évidée, peigne à droite 12 dents, légende rétrograde
+ SEEI:OEMS CIVI,
Croix pattée cantonnée d’un oméga dans le 1er, alpha en 3 et besant en 2 et 4
Diamètre : 20 mm ; poids : 1,11 g

Notre denier à la croix simple semble donc être intermédiaire entre les deniers au monogramme et ceux au peigne avec cantonnements. Mais, même s’il est inédit en tant que denier, il existe une obole présentant les mêmes caractéristiques : l’obole de Provins-Sens du trésor du Puy[4].
Sa croix n’est pas cantonnée. Seule différence : les légendes sont rétrogrades. Le trésor du Puy est, quant à lui, daté des années 998 à 1031.

Enfin, en comparant les poids de ces divers deniers on s’aperçoit qu’en moyenne les deniers du trésor de Fécamp font 1,39 g, ceux au monogramme 1,34 g, le denier au peigne sans cantonnements 1,38 g (il n’y a qu’un exemplaire), les deniers de Sens au peigne 1,27 g, et les deniers au peigne avec cantonnements 1,11 g. On perçoit grâce à la baisse continue des poids une chronologie de ce type de monnayage.

Fig.5 : denier de Sens au peigne (coll. Musées de Sens)
+ CRACIA D-I TI, O+O, peigne provinois
+ SENONS CIVI, Croix pattée
Diamètre : 21 mm ; poids : 1,40 g

Je proposerai donc l’hypothèse d’une datation à la toute fin du Xe siècle pour notre denier. Si l’on considère que les deniers au peigne apparaissent après la mort d’Eudes Ier de Blois en 996 comme je l’avais proposé dans un précédent article. Si l’on considère aussi qu’à Sens, l’on frappe des deniers au peigne avec la légende CRATIA D-I TI, sans doute après la mort de Rainard Ier en 999, donc sous Fromond II. Ce qui correspondrait à la date de divergence du monnayage commun des deux villes.

On peut en conclure que notre denier ainsi que l’obole du trésor du Puy ont été frappés entre 996 et 999. La faible fréquence de découverte de ce type pourrait être un argument supplémentaire pour une frappe relativement peu étendue dans le temps.
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[1] L.F.Bourquelot, Histoire de Provins, Provins, 1839, p.441
[2] J.Lelewel, Numismatique du Moyen-âge considéré sous le rapport du type, Bruxelles, 1835, p.158
[3] F. Dumas-Dubourg, Le Trésor de Fécamp et le monnayage en Francie occidentale pendant la seconde moitié du Xe siècle, Paris, 1971, p.163-164 et pl.XI.
[4] J. Lafaurie, « Le trésor monétaire du Puy (Haute-Loire). Contribution à l’étude de la monnaie de la fin du Xe siècle », Revue Numismatique, 1952, p.59-169, pl. III-IV

mardi 7 avril 2009

Panorama des monnayages avallonnais (suite)

Dans le précédent article concernant ce monnayage, je signalais que je n’avais pas d’images des billets de confiance d’Avallon pendant la Révolution française. C’est chose faite désormais, vous découvrirez ci-dessous ces différents billets de 1, 5, 10 et 20 sols. Sur les photos ceux-ci sont en noir et blanc mais dans la réalité les 1 sol sont jaunes, les 5 sols bleus, les 10 sols rouges et les 20 sols blancs.[1] Les dimensions sont les suivantes :
1 sol : 4,3 cm de haut par 3,8 cm de large (soit pour 4 billets : 8,6 cm par 7,6 cm)
5, 10 et 20 sols : 5 cm de haut par 7 cm de large








Tous ces billets ont été imprimé en 1792.
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[1] H. Monceaux, « Les Caisses patriotiques et billets de confiance dans l’Yonne », Annuaire historique du département de l’Yonne, Auxerre, 1893, pl. I et II

samedi 21 mars 2009

Panorama des monnayages avallonnais

La ville d’Avallon dans l’Yonne (89) a, pendant plusieurs périodes de notre histoire, frappé des monnaies à son nom.

La première monnaie connue est un tiers de sou d’or mérovingien. Un exemplaire de cette monnaie est conservé au Musée Saint-Germain d’Auxerre. Elle est au nom du monétaire BIVIFUS, et a un diamètre de 13 mm et un poids de 1,31g.
Avers : ABALLONE FIT
Description de l’avers : Buste diadémé à gauche.
Revers : BIVIFVS MONITA
Description du revers : Croix potencée et chrismée à droite sur un globe entouré de perles

A l’époque carolingienne, on retrouve des monnaies au nom d’Avallon. Ce sont toutes des monnaies au type dites de l’édit de Pitres, datées entre 875 et 900[1]. Morrison et Grunthal[2] recensent quatre variétés de légende.
Après avoir étudié sept exemplaires, j’ai trouvé 4 légendes différentes pour l’avers et 5 pour le revers. Ce qui représente sept variétés de denier.

Le denier n°604 du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale[3] possède les légendes suivantes :
Avers : + GRATIA D-I REX
Description de l’avers : Monogramme de Karolus (la légende à 6 h)
Revers : + CASTIS AVALONIS
Description du revers : croix, le 2e S est rétrograde
Diamètre : ?, Poids : 1,74 g

Ce denier est pratiquement identique à celui n°7 du catalogue du trésor de Gravigny-Balizy (Essonne) de la collection Henri Garnier, seule la première lettre de l’avers diffère. Nous avons là un C en place d’un G. J’en profite pour remercier monsieur Claude Daillan, propriétaire de cette collection, pour ses photos.
Avers : + CRATIA D-I REX
Description de l’avers : Monogramme de Karolus [légende à 10 h]
Revers : + CASTIS AVALONIS
Description du revers : Croix, 2e S rétrograde
Diamètre : 20 mm, poids : 1,40 g

Autre légende, celle du denier n°605 du Cabinet des Médailles (pas de photo):
Avers : + CRATIA D-I REX
Description de l’avers : Monogramme de Karolus (R réduit à P) [légende à ?]
Revers : + CASTIS AVVIONS
Description du revers : Croix, tous les S sont rétrogrades le N aussi
Diamètre : ?, Poids : 1,65 g.

Celui-ci est également pratiquement identique au n°6 de la collection Henri Garnier. Le D de D-I sur cette monnaie est remplacé par un R, ce qui donne :
Avers : + CRATIA R-I REX
Description de l’avers : Monogramme de Karolus [légende à 9 h]
Revers : + CASTIS AVVIONS
Description du revers : Croix, tous les S rétrogrades ainsi que le N
Diamètre : 20 mm, Poids : 1,60 g.

Avec la légende de l’avers ci-dessus, nous avons le denier n°933 de la vente sur offre n°23 de CGB, le revers est quant à lui tout à fait différent.
Avers : + CRATIA R-I REX
Description de l’avers : Monogramme de Karolus [légende à 9 h]
Revers : + CVSTIS AVAIONS
Description du revers : Croix, le 2e S rétrograde
Diamètre : 20,5 mm, poids : 1,68 g.

Toujours avec le même avers, le musée Saint-Germain d’Auxerre possède le denier suivant :
Avers : + CRATIA D-I REX
Description de l’avers : Monogramme de Karolus [légende à 5 h], le R de REX a son jambage relevé et peut se lire P’ à l’instar du R de la légende du n°604 du Cabinet des Médailles (voir photo plus haut) [légende à 6 h]
Revers : + CASTIS AVLONIS
Description du revers : Croix
Diamètre 20 mm, Poids : 1,77 g.

La variété suivante est le n° 606 du Cabinet des Médailles. Avers et revers diffèrent des types ci-dessus, on a :
Avers : + CRATIA D-I RENX
Description de l’avers : Monogramme de Karolus [légende à 9 h]
Revers : + CASTIS AVALONS
Description du revers : Croix fichée, légende complètement rétrograde
Diamètre : ?, poids : 1,62 g.

Georges Depeyrot[4] recense 18 exemplaires, il serait intéressant de connaître les légendes des autres exemplaires notamment les trois conservés à Berlin (nous n’avons que les poids : 1,62 g, 1,52 g, et 1,51 g), le numéro 605a du Cabinet des Médailles et ceux des cinq trésors répertoriés par Jean Duplessy[5]. Peut-être découvrirait-on de nouvelles variétés ?

Le monnayage d’Avallon cesse pendant près de 900 ans pour réapparaître lors de la Révolution française, probablement en 1792. La municipalité édite alors des billets de confiance de 1, 5, 10 et 20 sous. Je ne possède malheureusement pas de photos pour illustrer mes propos.

On connaît enfin un jeton ou une monnaie de nécessité, sans doute du début du 20e siècle. Cette monnaie est visible sur l’excellent site : Jetons-monnaie.net. En voici une reproduction :
Avers : 1
Description de l’avers : le chiffre 1 dans un cercle perlé
Revers : ECOLE St.JOSEPH AVALLON
Description du revers : Une étoile à cinq branche entourée de la légende elle-même cerclée de perle
Diamètre : 22,5 mm, en laiton

On ignore la valeur de cette monnaie : 1 centime ou 1 franc ?

Si jamais j’avais oublié des éléments de ce monnayage avallonnais ou si quelqu’un possède des images de monnaies ou billets d’Avallon, merci de me prévenir.
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[1] G. DEPEYROT, Le Numéraire carolingien, corpus des monnaies, 2e édition, Paris, 1998, (collection Moneta 9), p.124
[2] K.F. MORRISON et H. GRUNTHAL, Carolingian coinage, New York, 1967
[3] M. PROU, Les Monnaies carolingiennes, Catalogue des Monnaies Françaises de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1896
[4] G. DEPEYROT, op. cit.
[5] J. DUPLESSY, Les Trésors monétaires médiévaux et modernes découverts en France, tome I, Paris, 1985

samedi 14 mars 2009

Deux nouveaux deniers inédits de Sens

Décidemment ces derniers temps de nouvelles monnaies de Sens totalement inédites ont fait leur apparition. Ce mois-ci ce ne sont pas moins de deux monnaies féodales inconnues sans aucun référencement qui sont apparues sur Internet.

La première a été vendue, sur un site d’enchère bien connu, sous le n°370166256158 en date du 6 mars 2009. Il s’agit d’un denier de 20 mm pour un poids de 1,20 g. Il a la caractéristique d’avoir au revers un triple grenetis entourant une croix pattée. Sa description est la suivante :

Avers : + SENONES CIVI
Description de l’avers : Croix pattée grenetis autour, grenetis entourant la légende
Revers : anépigraphe
Description du revers : Croix pattée entourée d’un triple grenetis.

Pour le style, ce denier est à rapprocher de l’obole d’Auxerre au triple grenetis référencée sous le numéro 5885 (pl. CXXXVI, 6) de Poey d’Avant, la croisette du revers en moins. Cette dernière est d’ailleurs mal décrite car elle a bien un triple grenetis et non un double comme indiqué dans sa description. Elle est visible au Musées de Sens.

La deuxième monnaie est apparue pour identification sur le forum Numismaticom le 5 mars dernier. Ce denier de Sens mesure 22 mm, mais on ne connaît pas son poids. Cette monnaie à la légende rétrograde à l’avers possède une croisette évidée au revers.

Avers : + IENOINS CIVI (légende rétrograde)
Description de l’avers : Croix pattée dans un grenetis et légende rétrograde entourée d’un grenetis
Revers : Anépigraphe
Description du revers : Croix pattée dans un grenetis, croisette évidée en place d’une légende entourée d’un grenetis.

Vu le diamètre important et le style de ce denier, peut-être a-t-on le chaînon manquant entre les deniers au peigne à la légende +CRACIA DI TI et les deniers au revers aux deux croisettes. C’est une possibilité qui permettrait de l’intégrer dans le monnayage sénonais.

vendredi 20 février 2009

Une obole inédite de Provins-Sens

L’obole (fig.1) que je vous présente aujourd’hui est extrêmement rare puisque unique : c’est une obole de Provins-Sens parvenue à ma connaissance grâce à l’amabilité d’un collectionneur privé que je remercie. Cette obole ne pèse que 0,46 g. et mesure 15 mm. Elle n'est citée dans aucun des ouvrages de référence et n’est présente ni à la Bibliothèque Nationale, ni aux Musées de Sens, ni au Musée d'Auxerre[1]. Son état de conservation rend difficile la lecture des légendes, cependant nous pouvons les décrypter de la manière suivante :

+ DRIINIS CATO, monogramme de type odonien déformé
+ SENOII[..]C[…], croix pattée dans un grenetis
Fig.1

Cette obole est identique aux deniers de Provins-Sens du trésor de Fécamp[2]. Notamment en ce qui concerne le monogramme (fig. 2) qui lui est parfaitement conservé.
Fig.2

Françoise Dumas-Dubourg le décrit ainsi : monogramme odonien déformé ; DE le long d’une haste verticale, E à gauche, X surmonté d’une croisette à droite, dans un grenetis. L’auteur date ce trésor des années 980-985, ramené à 975-980 par Jean Duplessy[3]. Nous touchons là à l’origine de ce monnayage.

Quels faits historiques ont pu contribuer à sa naissance ?
Vers 975, le comte de Blois Thibaud le Tricheur meurt. Du chef de son épouse Liégeard il était entré en possession, entre autre, du comté de Provins[4]. Dès lors, son fils Eudes de Blois en hérite ou au plus tard à la mort de sa mère en 978[5]. En 977, Rainard comte de Sens bloque l’élection à l’archevêché de son neveu Seguin[6], et lui interdit l’entrée dans la ville. Seguin excommunie le comte et interdit la province depuis le premier octobre 977 jusqu’au mercredi des cendres 978. Le comte Rainard se soumet enfin[7] et Seguin peut entrer dans Sens. En raison des ces probables origines orléanaises, Seguin serait un fidèle de Hugues Capet. Sa venue à Sens peut s’analyser comme un accroissement de l’influence robertienne[8]. Or, le duc des Francs a favorisé l’alliance avec la maison d’Anjou au détriment de la maison de Blois faisant passer celle-ci dans le camp de la royauté carolingienne.[9] Nous savons également que Rainard et Eudes étaient cousins (le père de Rainard, Fromond avait épousé une sœur de Herbert de Vermandois, grand-père d’Eudes[10]).
Il est donc fort probable que Rainard, comte de Sens, et Eudes de Blois, comte de Provins, aient fait alliance contre l’archevêque de Sens Seguin et donc contre l’autorité d’Hugues Capet. Cette alliance a du se matérialiser dans la création d’une monnaie commune aux deux villes : Sens et Provins. Rainard apportait son droit de battre monnaie (on connaît un denier[11] et une obole[12] à son nom sur lesquels il y a des croisettes évidés que l’on retrouve sur les premières monnaies communes de Provins-Sens) et Eudes une ville hors de portée de l’archevêque. Cette monnaie prendrait naissance dès les années 977-978, ce qui serait conforme à la datation du trésor de Fécamp.
Voyons maintenant quelle fut la durée d’un tel monnayage ?
Les nombreuses variétés laissent présager une assez longue période de frappe. Nous savons également qu’aux environs de l’an mil se fixe le type caractéristique dit au « peigne »[13], la trouvaille du Puy contenait une obole de ce type[14]. C’est aussi vers cette époque que sur les monnaies de Provins-Sens apparaissent les légendes dégénérées où l’on ne reconnaît plus le nom de Sens (SEEI :OMIS CIVI en place de SENONES CIVI).
En 996, Eudes de Blois décède toujours en rébellion contre les capétiens. Sa veuve Berthe épouse peu de temps après Robert Ier roi de France et lui demande sa protection pour que l’héritage passe sans encombre à ses fils[15]. Juste après la mort d’Eudes, on trouve l’archevêque Seguin à Provins présidant la cérémonie de la découverte des reliques de Saint-Ayoul en présence d’Etienne Ier de Vermandois, comte de Troyes[16]. Il est envisageable que c’est à cette époque que le monnayage commun diverge. Provins garde le droit de battre monnaie, celle-ci étant déjà bien reconnue grâce aux foires de Champagne nouvellement créées. Et Sens, utilise pour un temps le peigne provinois à l’avers avec la légende GRACIA DI TI et au revers la croix avec la légende sénonaise SENONS CIVI.

Pour conclure, nous pouvons donc dire que la naissance du monnayage commun à Sens et Provins date des années 977-978, et se termine aux alentours de l’année 996.
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[1] Victor Manifacier, « Catalogue des monnaies, méreaux, jetons et médailles de la collection Gariel au musée de la ville d’Auxerre », Auxerre, 1908.
[2] Françoise Dumas-Dubourg, « Le Trésor de Fécamp et le monnayage en Francie occidentale pendant la seconde moitié du Xe siècle », Paris, 1971, p.163-164 et pl.XI.
[3] Jean Duplessy, « Les Trésors monétaires médiévaux et modernes découverts en France, I, 751-1223 », Paris, 1985, p.62
[4] Yves Sassier, « Thibaud le Tricheur et Hugues le Grand » in « Structures du pouvoir, royauté et Res Publica (France, IXe-XIIe siècle) », Rouen, 2004, p.55
[5] H. D’Arbois de Jubainville, « Histoire des ducs et comtes de Champagne depuis le Vie siècle jusqu’à la fin du XIe », Paris, 1859, p.158
[6] Etienne Meunier, « Le sénonais au temps du changement dynastique » in Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, Auxerre, 1987, 119e volume, p.22
[7] « Chronique de Clarius » in Abbé Duru, « Bibliothèque historique de l’Yonne », tome II, Auxerre, 1863, p.490
[8] E. Meunier, op. cit., p.22
[9] Y. Sassier, op. cit., p.60
[10] E. Meunier, op. cit., p.20
[11] Vente Inumis n°1, lot n°1393 de 25 mars 2006, (1,43 g., 22 mm)
[12] Exemplaire des Musées de Sens, (0,65 g, 15 mm)
[13] F. Dumas-Dubourg, op. cit., p.164
[14] Jean Lafaurie, « Le trésor monétaire du Puy (Haute-Loire). Contribution à l’étude de la monnaie de la fin du Xe siècle », Revue Numismatique, 1952, p.59-169, pl. III-IV
[15] Laurent Theis, « L’Avènement d’Hugues Capet », Paris, p.176
[16] H. D’Arbois de Jubainville, op. cit., p.181

vendredi 6 février 2009

Un denier médiéval auxerrois inédit ?

Le denier médiéval auxerrois ci-dessous à la légende + AVTSIODERCI à la particularité d’avoir un besant au troisième canton de la croix centrale. Mais est-ce réellement un besant ou un artefact dû au mauvais état du coin ayant servi à frapper cette monnaie ? Il est difficile de se prononcer. Jugez-en plutôt !

Avers : +AVTSIODERCI
Description de l’avers : croix en forme de rosace, dont les extrémités sont arrondies, cantonnée d’un besant au 3ème
Revers : anépigraphe
Description du revers : croix pattée à pointe (auxerroise), trois besants entre deux grenetis
Diamètre : 19,5/20,5 mm
Poids : 1,06 g

Il y a une faiblesse de frappe à 5 heure et le R possède une excroissance de métal qui plaide pour un coin fatigué. Mais si l’on observe le E, le CI ainsi que le grenetis devant le E, on s’aperçoit que la frappe est correcte. Or, c’est justement devant le E que l’on trouve le besant du troisième canton. Le problème reste entier. Reste à espérer qu’un denier identique vienne confirmer mon hypothèse.

Néanmoins, il faut noter que la forme de la croix de l’avers, en rosace, est déjà une particularité en soi. Il faut rapprocher ce denier de celui de Poey d’Avant 5888, dont un exemplaire est aujourd’hui détenu aux Musées de Sens. Voir ci-après :
Légendes et descriptions de l’avers identiques à la monnaie précédente, si ce n’est le fameux besant.
Le revers a 4 besants entre les grenetis, la croix est aussi en rosace.
Diamètre : 20 mm
Poids : 1,01 g