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lundi 7 septembre 2009

Une variété inédite d’un denier de Provins-Sens de type PA 5968

J’ai acquis récemment un denier de Provins-Sens qui présente une particularité : deux T à la légende CATO. En voici la description :
Avers : + RIL’DVIMIS CATTO
(Croisette évidée au départ de la légende rétrograde)
Description de l’avers : Croisette évidée entre deux annelets sur un peigne à 10 dents.
Revers : + SEEI :OEMS CIVI
Description du revers : Croix pattée cantonnée au 1 de l’oméga, au 2 de l’alpha et au 3 et 4 d’un besant.
Diamètre : 21 mm ; Poids : 1,23 g

Le deuxième T ressemble davantage à une ancre ou à un oméga.

Christophe Adam spécialiste des monnaies champenoises féodales avait attiré mon attention sur un denier du Cabinet des Médailles qui présente les mêmes caractéristiques, le numéro 904. Ce denier présente la même légende d’avers mais le peigne à 12 dents ; au revers la légende identique est rétrograde et la croix est cantonnée d’un oméga en 1, l’alpha est en 3 et les besants en 2 et 4, (diamètre 21 mm et poids 1,21 g). Ces deux monnaies ont donc été frappées avec des coins différents.

On peut en conclure que ce T supplémentaire n’est peut être pas une erreur du graveur, mais est-ce un signe distinctif, un différent ? Rien ne permet de le dire.

Enfin, il est curieux que ce denier n’ai jamais été répertorié dans aucun ouvrage de référence.

jeudi 23 avril 2009

Un denier inédit de Provins-Sens

Louis Félix Bourquelot dans son ouvrage : L’histoire de Provins[1], indique que l’apparition sur les monnaies de l’alpha et l’oméga, que l’on trouve sur les deniers au peigne champenois, daterai de 1015 initié par le roi Robert Ier puis par son fils le roi Henri Ier. Il s’appuie en cela sur l’ouvrage de Joachim Lelewel[2]. Bien sur, il y a là une flagrante erreur car ces attributs n’apparaissent sous forme suspendu que sur les monnaies d’Henri Ier donc à partir de 1031. Néanmoins, à partir de cette assertion je décidai de vérifier dans ma collection si j’avais un denier qui ne posséderai pas l’alpha et l’oméga dans ses cantonnements. Et là, surprise ! Sans l’avoir remarqué auparavant, je possède un denier de Provins-Sens de type au « peigne champenois », mais qui a la caractéristique d’être vierge de tous cantonnements au revers, contrairement aux autres deniers de ce type qui possèdent tous l’alpha et l’oméga en plus de besants dans les différents cantons (voir dessous).

Fig.1 : denier au peigne sans cantonnements

+ PRDVIHIS CATO,
O+O, croisette évidée, peigne à gauche 8 dents
+ SEEI:OEM CIVI, Croix pattée
Diamètre : 20,5 mm ; poids : 1, 38 g

Autre particularité, la croix pattée du revers est décalée, la légende commence alors à 11 h. On peut remarquer aussi que le O de OEM est pointé.

Peut-on déterminer une datation pour cette monnaie ?

Dans un article précédent, j’avais présenté une obole de Provins-Sens au monogramme odonique qui était à l’origine du monnayage commun de ces deux villes. On pouvait la dater des années 977-978, à l’instar des deniers identiques du trésor de Fécamp[3].

Fig.2 : obole au monogramme (coll. M VDB)

+ DRIINIS CATO, monogramme de type odonien déformé
+ SENOII[..]C[…], croix pattée dans un grenetis
Diamètre : 15 mm ; poids : 0,46 g

Le monogramme, quant à lui, a évolué durant une période d’une vingtaine d’année probablement jusqu’en 996. La croisette évidée avec la petite croix au dessus s’est modifiée en O+O, pour donner :

Fig.3 : denier au monogramme

+ IS'IVNIS CATO, O+O, monogrammes d’Eudes
+ SENONS CIVI, Croix pattée
Diamètre : 21 mm ; poids : 1,35 g

Puis, le coté gauche du monogramme s’est transformé en peigne. On remarque toutefois que pour le revers des monnaies au monogramme la croix n’est jamais cantonnée.
Mais, la totalité des deniers au peigne connus ont la croix du revers cantonnée de besants et de l’alpha et l’oméga.

Fig.4 : denier au peigne avec cantonnements
+ RILDVMIS CATO,
O+O, croisette évidée, peigne à droite 12 dents, légende rétrograde
+ SEEI:OEMS CIVI,
Croix pattée cantonnée d’un oméga dans le 1er, alpha en 3 et besant en 2 et 4
Diamètre : 20 mm ; poids : 1,11 g

Notre denier à la croix simple semble donc être intermédiaire entre les deniers au monogramme et ceux au peigne avec cantonnements. Mais, même s’il est inédit en tant que denier, il existe une obole présentant les mêmes caractéristiques : l’obole de Provins-Sens du trésor du Puy[4].
Sa croix n’est pas cantonnée. Seule différence : les légendes sont rétrogrades. Le trésor du Puy est, quant à lui, daté des années 998 à 1031.

Enfin, en comparant les poids de ces divers deniers on s’aperçoit qu’en moyenne les deniers du trésor de Fécamp font 1,39 g, ceux au monogramme 1,34 g, le denier au peigne sans cantonnements 1,38 g (il n’y a qu’un exemplaire), les deniers de Sens au peigne 1,27 g, et les deniers au peigne avec cantonnements 1,11 g. On perçoit grâce à la baisse continue des poids une chronologie de ce type de monnayage.

Fig.5 : denier de Sens au peigne (coll. Musées de Sens)
+ CRACIA D-I TI, O+O, peigne provinois
+ SENONS CIVI, Croix pattée
Diamètre : 21 mm ; poids : 1,40 g

Je proposerai donc l’hypothèse d’une datation à la toute fin du Xe siècle pour notre denier. Si l’on considère que les deniers au peigne apparaissent après la mort d’Eudes Ier de Blois en 996 comme je l’avais proposé dans un précédent article. Si l’on considère aussi qu’à Sens, l’on frappe des deniers au peigne avec la légende CRATIA D-I TI, sans doute après la mort de Rainard Ier en 999, donc sous Fromond II. Ce qui correspondrait à la date de divergence du monnayage commun des deux villes.

On peut en conclure que notre denier ainsi que l’obole du trésor du Puy ont été frappés entre 996 et 999. La faible fréquence de découverte de ce type pourrait être un argument supplémentaire pour une frappe relativement peu étendue dans le temps.
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[1] L.F.Bourquelot, Histoire de Provins, Provins, 1839, p.441
[2] J.Lelewel, Numismatique du Moyen-âge considéré sous le rapport du type, Bruxelles, 1835, p.158
[3] F. Dumas-Dubourg, Le Trésor de Fécamp et le monnayage en Francie occidentale pendant la seconde moitié du Xe siècle, Paris, 1971, p.163-164 et pl.XI.
[4] J. Lafaurie, « Le trésor monétaire du Puy (Haute-Loire). Contribution à l’étude de la monnaie de la fin du Xe siècle », Revue Numismatique, 1952, p.59-169, pl. III-IV

vendredi 20 février 2009

Une obole inédite de Provins-Sens

L’obole (fig.1) que je vous présente aujourd’hui est extrêmement rare puisque unique : c’est une obole de Provins-Sens parvenue à ma connaissance grâce à l’amabilité d’un collectionneur privé que je remercie. Cette obole ne pèse que 0,46 g. et mesure 15 mm. Elle n'est citée dans aucun des ouvrages de référence et n’est présente ni à la Bibliothèque Nationale, ni aux Musées de Sens, ni au Musée d'Auxerre[1]. Son état de conservation rend difficile la lecture des légendes, cependant nous pouvons les décrypter de la manière suivante :

+ DRIINIS CATO, monogramme de type odonien déformé
+ SENOII[..]C[…], croix pattée dans un grenetis
Fig.1

Cette obole est identique aux deniers de Provins-Sens du trésor de Fécamp[2]. Notamment en ce qui concerne le monogramme (fig. 2) qui lui est parfaitement conservé.
Fig.2

Françoise Dumas-Dubourg le décrit ainsi : monogramme odonien déformé ; DE le long d’une haste verticale, E à gauche, X surmonté d’une croisette à droite, dans un grenetis. L’auteur date ce trésor des années 980-985, ramené à 975-980 par Jean Duplessy[3]. Nous touchons là à l’origine de ce monnayage.

Quels faits historiques ont pu contribuer à sa naissance ?
Vers 975, le comte de Blois Thibaud le Tricheur meurt. Du chef de son épouse Liégeard il était entré en possession, entre autre, du comté de Provins[4]. Dès lors, son fils Eudes de Blois en hérite ou au plus tard à la mort de sa mère en 978[5]. En 977, Rainard comte de Sens bloque l’élection à l’archevêché de son neveu Seguin[6], et lui interdit l’entrée dans la ville. Seguin excommunie le comte et interdit la province depuis le premier octobre 977 jusqu’au mercredi des cendres 978. Le comte Rainard se soumet enfin[7] et Seguin peut entrer dans Sens. En raison des ces probables origines orléanaises, Seguin serait un fidèle de Hugues Capet. Sa venue à Sens peut s’analyser comme un accroissement de l’influence robertienne[8]. Or, le duc des Francs a favorisé l’alliance avec la maison d’Anjou au détriment de la maison de Blois faisant passer celle-ci dans le camp de la royauté carolingienne.[9] Nous savons également que Rainard et Eudes étaient cousins (le père de Rainard, Fromond avait épousé une sœur de Herbert de Vermandois, grand-père d’Eudes[10]).
Il est donc fort probable que Rainard, comte de Sens, et Eudes de Blois, comte de Provins, aient fait alliance contre l’archevêque de Sens Seguin et donc contre l’autorité d’Hugues Capet. Cette alliance a du se matérialiser dans la création d’une monnaie commune aux deux villes : Sens et Provins. Rainard apportait son droit de battre monnaie (on connaît un denier[11] et une obole[12] à son nom sur lesquels il y a des croisettes évidés que l’on retrouve sur les premières monnaies communes de Provins-Sens) et Eudes une ville hors de portée de l’archevêque. Cette monnaie prendrait naissance dès les années 977-978, ce qui serait conforme à la datation du trésor de Fécamp.
Voyons maintenant quelle fut la durée d’un tel monnayage ?
Les nombreuses variétés laissent présager une assez longue période de frappe. Nous savons également qu’aux environs de l’an mil se fixe le type caractéristique dit au « peigne »[13], la trouvaille du Puy contenait une obole de ce type[14]. C’est aussi vers cette époque que sur les monnaies de Provins-Sens apparaissent les légendes dégénérées où l’on ne reconnaît plus le nom de Sens (SEEI :OMIS CIVI en place de SENONES CIVI).
En 996, Eudes de Blois décède toujours en rébellion contre les capétiens. Sa veuve Berthe épouse peu de temps après Robert Ier roi de France et lui demande sa protection pour que l’héritage passe sans encombre à ses fils[15]. Juste après la mort d’Eudes, on trouve l’archevêque Seguin à Provins présidant la cérémonie de la découverte des reliques de Saint-Ayoul en présence d’Etienne Ier de Vermandois, comte de Troyes[16]. Il est envisageable que c’est à cette époque que le monnayage commun diverge. Provins garde le droit de battre monnaie, celle-ci étant déjà bien reconnue grâce aux foires de Champagne nouvellement créées. Et Sens, utilise pour un temps le peigne provinois à l’avers avec la légende GRACIA DI TI et au revers la croix avec la légende sénonaise SENONS CIVI.

Pour conclure, nous pouvons donc dire que la naissance du monnayage commun à Sens et Provins date des années 977-978, et se termine aux alentours de l’année 996.
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[1] Victor Manifacier, « Catalogue des monnaies, méreaux, jetons et médailles de la collection Gariel au musée de la ville d’Auxerre », Auxerre, 1908.
[2] Françoise Dumas-Dubourg, « Le Trésor de Fécamp et le monnayage en Francie occidentale pendant la seconde moitié du Xe siècle », Paris, 1971, p.163-164 et pl.XI.
[3] Jean Duplessy, « Les Trésors monétaires médiévaux et modernes découverts en France, I, 751-1223 », Paris, 1985, p.62
[4] Yves Sassier, « Thibaud le Tricheur et Hugues le Grand » in « Structures du pouvoir, royauté et Res Publica (France, IXe-XIIe siècle) », Rouen, 2004, p.55
[5] H. D’Arbois de Jubainville, « Histoire des ducs et comtes de Champagne depuis le Vie siècle jusqu’à la fin du XIe », Paris, 1859, p.158
[6] Etienne Meunier, « Le sénonais au temps du changement dynastique » in Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, Auxerre, 1987, 119e volume, p.22
[7] « Chronique de Clarius » in Abbé Duru, « Bibliothèque historique de l’Yonne », tome II, Auxerre, 1863, p.490
[8] E. Meunier, op. cit., p.22
[9] Y. Sassier, op. cit., p.60
[10] E. Meunier, op. cit., p.20
[11] Vente Inumis n°1, lot n°1393 de 25 mars 2006, (1,43 g., 22 mm)
[12] Exemplaire des Musées de Sens, (0,65 g, 15 mm)
[13] F. Dumas-Dubourg, op. cit., p.164
[14] Jean Lafaurie, « Le trésor monétaire du Puy (Haute-Loire). Contribution à l’étude de la monnaie de la fin du Xe siècle », Revue Numismatique, 1952, p.59-169, pl. III-IV
[15] Laurent Theis, « L’Avènement d’Hugues Capet », Paris, p.176
[16] H. D’Arbois de Jubainville, op. cit., p.181